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Articles avec #republique galactique tag

Jedi : Fallen Order – Dark Temple, de Matthew Rosenberg et Paolo Villanelli

Publié le par Nébal

 

ROSENBERG (Matthew) et VILLANELLI (Paolo), Jedi : Fallen Order – Dark Temple, [Star Wars Jedi : Fallen Order – Dark Temple], Nice, Panini, coll. 100 % Star Wars, [2019] 2020, [n.p.]

 

ATTENTION : il peut y avoir des SPOILERS dans cette chronique, vous êtes avertis !

 

Le TPB Jedi : Fallen Order – Dark Temple compile les cinq épisodes d’une mini-série écrite par Matthew Rosenberg et illustrée par Paolo Villanelli, dont j’avais déjà pu apprécier le travail, assez classique mais joliment dynamique, sur Lando – quitte ou double.

 

 

Le titre fait bien sûr référence au jeu vidéo Jedi : Fallen Order, auquel, je dois plaider coupable, je n’ai pas joué – il faudrait peut-être que je tente, d’autant qu’il a eu sauf erreur de bons retours.

 

Pour autant, cette mini-série n’est pas une adaptation de l’histoire de ce jeu vidéo, mais en fait une préquelle aux événements qui y sont décrits, dont le degré d’indépendance variera selon les lecteurs/joueurs, je suppose.

 

Il faut noter ici que cette mini-série, en anglais, a été publiée avant la sortie du jeu vidéo – elle n’était donc pas censée en spoiler quoi que ce soit, mais bien plutôt fournir des bases aux joueurs curieux, pour qu’ils se lancent dans cette aventure avec un certain bagage. En France, nous y avons nécessairement un rapport différent, car la mini-série n’a pas été publiée au fur et à mesure avant la sortie du jeu, mais bien pour la première fois dans ce TPB assez récent, et donc bien après la sortie du jeu. Cela pose-t-il problème ? Eh bien, ne sachant que peu de choses du jeu vidéo, je ne saurais le dire – même si je n’en ai pas l’impression a priori. N’hésitez pas à réagir sur ce point (et sur d’autres).

 

 

La BD, quoi qu’il en soit, ne met pas en scène le héros de Jedi : Fallen Order, Cal Kestis, mais un personnage qu’il rencontre durant ses aventures, la Jedi Cere Junda. Elle est, avec tous ses défauts, la véritable héroïne de cette histoire, et, pour l’essentiel, la BD nous rapporte sa jeunesse, quand elle n’était encore qu’une padawan forcément impulsive et un peu couillonne, au service de son maître Eno Cordova, un vieux bonhomme très pondéré et archéologue/rat de bibliothèque dans l’âme.

 

Cette trame se déroule donc à l’époque de la prélogie, même si on n’y fait pas écho à la Guerre des Clones (directement, en tout cas – mais thématiquement, c’est autre chose), et à vue de nez je suppose que cela se passe un peu avant. C’est l’occasion de croiser quelques figures de cette époque, essentiellement des Jedi comme Yoda et Mace Windu.

 

 

Mais il faut noter que la BD oppose en fait deux trames temporelles. Si celle que je viens de décrire est prépondérante, chacun des épisodes comprend également quatre ou cinq pages qui se déroulent bien plus tard, après l’Ordre 66 – et visiblement juste avant que le jeu ne débute véritablement.

 

On y voit des Stormtroopers ayant maille à partir avec des forces conséquentes, et une intrigante et redoutable inquisitrice, la Seconde Sœur, bien décidée à révéler les secrets d’Ontotho, la planète où elle arrive tout juste au début de la BD, et, les noms sont enfin lâchés à la dernière page, elle traque aussi bien Cal Kestis que Cere Junda – laquelle n’apparaît cependant pas dans cette temporalité de la mini-série.

 

 

Je parlais de deux trames temporelles distinctes ? À proprement parler, il y en a en fait trois – car, après l’introduction de l’inquisitrice, l’épisode 1 débute en fait par une séquence antérieure de quelques années à la temporalité principale de la série, qui a pour objet de présenter les personnages de Cere Junda et Ono Cordova, en mettant en avant combien la padawan est impulsive et trop portée à croire en son intuition, en distinguant bien trop hâtivement des camps aux caractères tranchés, les gentils d’un côté, les méchants de l’autre – et en recourant à des méthodes expéditives pour assurer « la paix ».

 

 

Il s’avère que, dans cette affaire, elle a tout faux – et cela constitue comme de juste un avertissement pour la suite des opérations : c’est un thème fondamental de cette mini-série que les choses ne sont jamais aussi simples qu’on le croit, et que, quand deux factions s’affrontent, il n’est jamais si aisé de déterminer qui est dans son bon droit et qui a tort.

 

Au fond, il s’agit d’un thème classique dans les histoires mettant tout aussi classiquement en scène un duo constitué d’un maître Jedi en mode vieux sage et d’un padawan par essence immature. Dans le canon Star Wars, Obi-Wan Kenobi, Anakin Skywalker bien sûr et davantage que tout autre, mais aussi Ahsoka Tano, Luke Skywalker, Rei éventuellement, fournissent autant d’exemples de ces derniers, parmi bien d’autres sans doute – et, tout aussi classiquement, leur fougue et leur intuition peuvent exceptionnellement constituer des atouts. La BD, ici, ne brille pas par son originalité – mais elle est suffisamment bien écrite pour que ce thème classique, bien loin de lasser, fonctionne à vrai dire remarquablement bien.

 

Quoi qu’il en soit, après cette affaire, Cere Junda est vivement réprimandée par le Conseil Jedi, et tout spécialement par maître Yoda. Elle ne s’en tire véritablement que grâce à l’intervention de son maître Ono Cordova.

 

 

Des années plus tard, les personnages ont toujours les mêmes rapports – et ils sont envoyés sur la planète Ontotho pour régler une épineuse affaire et assurer la paix.

 

La planète a un statut ambigu : théoriquement, elle fait partie de la République Galactique ; cependant, une enclave de la planète, Fylar, ne veut pas en entendre parler, et entend défendre par tous les moyens son indépendance. Or il se trouve dans cette enclave un bien étrange temple qui suscite la curiosité, voire la convoitise…

 

 

Et notamment celle d’un jeune homme d’affaires/archéologue/chef de milice du nom de Dylanto Daa. Cet estimé citoyen d’Ontotho souhaiterait effectuer des repérages puis des fouilles dans ce mystérieux temple, mais les Fylari ne veulent pas en entendre parler.

 

D’où l’intervention des Jedi… dont on comprend très tôt qu’ils ne sont probablement pas aussi neutres qu’ils le prétendent dans cette affaire : Ono Cordova tout spécialement serait ravi de pouvoir jeter un œil à ce qui se trouve dans ce temple…

 

Dylanto Daa, en bon bellâtre richouze, suscite probablement la méfiance instinctive du lecteur. Mais ce dernier n’en est pas moins supposé se souvenir de l’incident s’étant produit quelques années plus tôt, et devrait donc mettre de côté ses préjugés… Cere Junda aussi, et plus que quiconque – mais vous vous doutez bien que ça ne sera pas le cas.

 

 

Et les événements se précipitent quand se produit un attentat, dans des circonstances qui demeureront longtemps floues, au cours duquel Ono Cordova et Cere Junda se retrouvent séparés – et, à vrai dire, sont tous deux convaincus que l’autre y a péri.

 

 

Cere Junda, isolée, se retrouve dans le camp des Fylari – et, interprétant les indices selon son intuition et ce qu’on lui dit, elle embrasse sans plus guère d’hésitation la cause de ces derniers.

 

Ce qui a très vite des conséquences brutalement concrètes : après l’attentat, la dispute essentiellement diplomatique se mue en guerre ouverte – et si les effectifs des braves Fylari ne leur permettent probablement pas de se livrer à un conflit conventionnel, ils peuvent néanmoins mener de redoutables opérations de guérilla, voire se livrer à des actes que l’autre camp ne manquera bien sûr pas de qualifier de « terrorisme ».

 

Et, pendant ce temps, le temple continue d’abriter ses mystères…

 

 

Alors, les gentils Fylari contre les méchants Daa ? Oui – et non. Les choses sont toujours plus complexes qu’on le croit – et l’on devrait se méfier des jugements hâtifs.

 

Car les Fylari ont leurs torts – et comptent leur lot de fanatiques prêts à tout pour défendre leur « indépendance », avec une intransigeance obtuse. Les plus radicaux d’entre eux ne sont certes pas étouffés par la morale, quand la seule chose qui compte à leurs yeux est le maintien du statu quo, contre vents et marées, et sans guère de fondements rationnels.

 

Et Daa et ses hommes ? Assurément, ils commettent des saloperies çà et là – pour autant, Dylanto Daa n’est pas le méchant caricatural que l’on pouvait croire initialement ; et, parce que ce n’est pas non plus un imbécile, et parce qu’il sait parler (ceci parce que Matthew Rosenberg sait le faire parler), il emporte plus qu’à son tour l’adhésion du lecteur, retournant ses préconçus contre lui ; le soutien d’Ono Cordova, s’il n’est pas inconditionnel, joue incontestablement sa part ici.

 

 

À vrai dire, cette BD, toute série Star Wars qu’elle soit, et avec un caractère mercantile plus affiché encore que d’usage du fait du lien avec le jeu vidéo Jedi : Fallen Order, dont elle constitue en quelque sorte un outil promotionnel, cette BD donc s’avère traiter, et assez finement au fond, de thématiques graves et complexes qui peuvent entrer en résonance avec des questionnements tout à fait contemporains, et tout à fait épineux.

 

Avec Dylanto Daa, sa corporation, sa milice, et le sénat d’Ontotho en arrière-plan, voire (et probablement) le Conseil Jedi sinon la République Galactique encore derrière, on interroge le colonialisme ou le néo-colonialisme, et aussi bien l’appât du gain qui peut pervertir les intentions affichées les plus nobles, via le risque non négligeable que l’archéologie, légitime curiosité pour le passé et pour l’Autre, se mue en pillage brutalement intrusif, au mépris des intérêts comme des convictions, politiques, philosophiques, religieuses, etc., des autochtones qui ne sont au fond jamais véritablement consultés. La loi du plus fort règne, même en termes intellectuels et culturels, et la frontière entre hard power et soft power est plus que jamais poreuse – on n’attend guère avant de sortir les gros flingues.

 

En sens inverse, les Fylari, tout spécialement via leur dirigeante Neralli, font preuve d’un fanatisme obtus, leur raisonnement dans toute cette affaire a quelque chose de circulaire et donc d’absurde, et leurs combats, leurs méthodes, illustrent sans cesse l’adage machiavélien voulant que la fin justifie les moyens – qu’importe si la fin est floue. Ils illustrent un conservatisme maniaque, celui qui consiste à dire « NON » à tout, par principe, parce que leur attachement aux « traditions », comme c’est toujours le cas, ne leur laisse pas d’autre option, ce dont ils s’accommodent avec une servilité qui peut faire frémir ; aussi, en prétendant conserver, ils s'avèrent avant tout portés... à détruire. Y compris ce qu'ils sont supposés chérir par-dessus tout.

 

Ça n’est donc pas si simple. Rien n’est jamais si simple. Et la BD se montre plutôt habile dans son traitement de tout cela. Elle constitue d’autant plus une bonne surprise, indépendamment même du jeu vidéo – elle a sa singularité, et, en tant que telle, elle se suffit à elle-même.

 

Matthew Rosenberg a écrit une histoire et des personnages plus complexes qu’il n’y paraît, donc, mais sans que ce soit jamais au détriment de l’action (c’est du Star Wars, hein, on veut des sabres laser et des pew-pew), tandis que Paolo Villanelli se montre très efficace de son côté également, avec un style dynamique qui fonctionne très bien – et si la colorisation est comme souvent dans ces comics passablement flashouille, elle s’avère ici très appropriée et satisfait amplement les yeux du lecteur.

 

 

Et côté X-Wing, que peut-on dire de cette BD ? Pas grand-chose – ne serait-ce que parce que l’essentiel de l’action se situe sur Ontotho, et que les vaisseaux spatiaux n’y ont donc guère leur place.

 

À vrai dire, la seule exception vaguement notable se trouve dans la première page de la BD, reproduite plus haut – et c’est l’arrivée de la Seconde Sœur sur Ontotho. Elle a beau être une inquisitrice, elle ne pilote ici pas un TIE Advanced v1, mais bien un Intercepteur TIE/in. Une petite bizarrerie qui ne prête guère à conséquence, je suppose – je ne m’attends pas à ce que la Seconde Sœur soit un jour intégrée au jeu en tant que pilote de TIE/in, si je serais très favorable à l’arrivée de nouveaux pilotes sur ce châssis, comme je l’avais indiqué lors de ma précédente chronique d’une BD Star Wars, en l’espèce TIE Fighter. Et je ne m’attends pas à ce qu’elle déboule en tant que pilote de TIE Advanced v1, surtout après l’arrivée du Cinquième Frère dans Pilotes hors pair. Un équipage ? Une artilleuse ? Les sorties v2 pour les factions originelles étant ce qu'elles sont, je n’y crois pas vraiment non plus.

 

 

Sinon, eh bien, nous voyons des Jedi, bien sûr. Le seul personnage que nous connaissons en tant que pilote que nous voyions ici est Mace Windu. Contrairement à ce qui concerne le TIE/in, l’Aethersprite Delta-7 est quant à lui déjà très fourni en pilotes, et je ne m’attends pas à ce que Cere Junda, ou Ono Cordova (ou même Cal Kestis), intègrent le jeu sous cette forme – là encore, équipages ou artilleurs ne sont pas totalement impossibles, mais ne me paraissent pas si probables.

 

C’est tout de même l’occasion de noter qu’il y a au moins un Jedi majeur qui ne figure pas dans le jeu sous quelque forme que ce soit, et n’y a jamais figuré en v1 non plus, et c’est bien sûr Yoda. Une absence qui m’a toujours paru un peu étrange…

 

Mais on s’éloigne clairement ici de la BD. Et qu’importe si elle ne contient guère de matériau intéressant pour X-Wing : dans son registre, elle me fait clairement l’effet d’une réussite – et, parmi les mini-séries Star Wars publiées ces derniers mois, elle représente clairement le très haut du panier.

 

Et elle me donne aussi vaguement l’envie de jeter un œil à Jedi : Fallen Order… même si je ne suis plus très jeux vidéo depuis pas mal de temps déjà et doute que ça tourne bien sur ma machine. Bon, on verra, peut-être…

 

 

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