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Autour de Poe Dameron

Publié le par Nébal

 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, un petit message de service : j’adresse tous mes remerciements aux personnes qui ont récemment fait la promotion de ce blog et de la chaîne YouTube qui va avec – l’Escadron Blada dans un article qu’un lecteur m’a mentionné il y a peu, et Pierre Oh qui, dans son dernier live, a eu des mots très aimables pour ce que je tente de faire ici (même s’il me faut sans doute préciser que je ne suis pas le « très bon joueur » qu’il croit !), ce qui a débouché sur un certain accroissement de mon audience – j’espère la satisfaire ! Mille mercis en tout cas !

 

And now, this.

 

Le sixième et dernier tome de la série Poe Dameron est sorti tout récemment en français, et je me suis dit que ça pouvait bien justifier un nouvel article « univers », dans la lignée de ceux que j’avais déjà consacrés à la Capitaine Phasma et à Lando Calrissian.

 

Comme pour la première, le fait que cette série porte sur la nouvelle trilogie justifie peut-être un peu plus cet article, car nous en savons somme toute fort peu quant aux personnages apparus avec Le Réveil de la Force – et pourtant, les BD, délibérément, évitent de trop en dire : Disney réserve les évolutions majeures des principaux personnages de la nouvelle trilogie aux seuls films pour l’heure, et c’est pourquoi, en dehors du Réveil de la Force et des Derniers Jedi, très peu d’informations importantes ont fuité concernant Rey ou Kylo Ren, ou Finn voire Rose Tico dans une moindre mesure.

 

Cependant, si Poe Dameron, incarné à l’écran par Oscar Isaac, pourrait à bon droit être compté parmi ces « personnages principaux », Disney semble avoir considéré que les auteurs de l’univers étendu avaient un peu plus de marge le concernant – mais à une condition : la série (la seule « vraie » série Marvel associée à la nouvelle trilogie, puisque Capitaine Phasma est une très brève mini-série) se consacrerait principalement à des événements survenus avant les films, ce qui éviterait des spoilers malvenus ou des évolutions non souhaitées.

 

C’est bien ce qui se produit durant les cinq premiers tomes de Poe Dameron – le sixième et dernier, pourtant, opère un saut dans le temps, en se situant après Les Derniers Jedi ; mais, comme on le verra, il s’agit pour partie de « boucher les trous » (nombreux…) des épisodes VII et VIII, en préparant la venue de l’épisode IX, prévu pour décembre prochain sauf erreur.

 

 

La série Poe Dameron est scénarisée par Charles Soule, que j’avais déjà évoqué par ici pour la mini-série Lando : le casse du siècle, et qui, là maintenant, s’occupe de la deuxième série Darth Vader, en français Dark Vador, le Seigneur Noir des Sith.

 

D’autres lectures qui confirment une chose sensible dans Poe Dameron : Soule est un scénariste très inégal, très inconstant. Il lui arrive de signer des choses très chouettes (j’avais beaucoup aimé sa mini-série Lando, donc), mais il se montre parfois davantage fainéant, et a une prédilection regrettable pour les twists absolument pas crédibles : Poe Dameron en compte hélas un certain nombre – et il apparaît clairement que son Dark Vador n’arrive pas à la cheville de celui de Gillen et Larocca, que j’avais il est vrai trouvé très, très bon (probablement la meilleure série Star Wars à ce jour).

 

Cela dit, on avouera volontiers que Charles Soule sait donner du rythme à ses histoires, et qu’il peut, quand il le veut bien, fignoler des dialogues nerveux, badass certes, mais parfaitement dans le ton – et, à l’occasion, la série connaît de brusques poussées qualitatives : le sixième tome, tout spécialement, m’a pas mal séduit, j’ai trouvé que c’était une bonne surprise.

 

 

Au dessin se succèdent deux illustrateurs aux styles très différents, qui s’occupent en gros chacun d’une moitié de la série.

 

Le premier est Phil Noto, dont j’avais déjà pu apprécier le travail sur la mini-série Chewbacca (autrement plutôt médiocre hélas), et qui use d’un style très sobre, en opposition marquée avec la plupart de ses collègues officiant sur les séries Star Wars de Marvel : la mise en page est simple, l’action efficace mais sans débordements excessifs. Si Noto ne me paraît pas toujours au point concernant les vaisseaux spatiaux et les batailles qui les impliquent, j’apprécie vraiment comment il caractérise ses personnages, avec de petites touches subtiles et pourtant très expressives – ici, Poe lui-même et la générale Organa en sont probablement la meilleure illustration ; c’est l’antithèse d’un fâcheux travers récurrent dans ces BD Marvel dès l’instant qu’elles figurent des personnages apparus dans les films, et qui consiste à tenter le coup d’un photo-réalisme absolument dégueulasse…

 

Mais le talent de Noto, ici, ressort peut-être surtout dans ses très belles couvertures – il a signé toutes celles de la série Poe Dameron, hors annuals, et c’est un très beau travail (même si, bizarrement, comme pour Lando : le casse du siècle, j’ai le sentiment que Panini n’a pas retenu les meilleures pour orner ses TPB…).

 

 

Le second dessinateur est l’Espagnol Angel Unzueta, et c’est le jour et la nuit par rapport à Phil Noto : le dessin est beaucoup plus chargé et flashy, la mise en page plus acrobatique ; les batailles spatiales y gagnent, elles sont incroyablement épiques, les vaisseaux spatiaux superbement mis en scène… Hélas, c’est cette fois du côté des personnages, et surtout de leurs visages, que ça coince.

 

À tous ces égards, Unzueta s’inscrit bien plus frontalement dans une sorte de charte des BD Star Wars de Marvel, et son dessin a beaucoup, beaucoup moins de personnalité que celui de Noto – mais on lui reconnaîtra d’être efficace, et de bien imprimer l’action dans ses planches.

 

Outre les 31 épisodes de la série Poe Dameron, ces six TPB rassemblent également deux annuals, un épisode spécial consacré à C-3PO, et une histoire courte en forme de gag tournant autour de BB-8 ; toutes ces histoires sont conçues par d’autres auteurs, et j’y reviendrai en temps utile.

 

 

Mais il me faut d’ailleurs commencer cet article par une autre BD que Poe Dameron – parce qu’elle la fonde, d’une certaine manière. Dès 2015, alors que les séries Marvel étaient lancées, pour l’essentiel situées entre les épisodes IV et V, la mini-série Les Ruines de l’Empire, en quatre épisodes seulement, constituait une sorte de teaser pour la nouvelle trilogie, et pourtant sans opérer le saut générationnel attendu : en effet, il s’agissait ici de raconter ce qui s’était passé durant les quelques mois ayant suivi la destruction de l’Étoile de la Mort lors de la bataille d’Endor – plus précisément, d’en donner un aperçu désormais canonique, là où l’univers « Légendes » avait pu avancer pas mal de choses qu’on a jugé préférable de glisser sous le tapis.

 

La mini-série était scénarisée par Greg Rucka et illustrée par l’Italien Marco Checchetto, qui avaient déjà travaillé ensemble sur le Punisher. Ici, il me paraît nécessaire de mettre en avant le dessinateur, dont j’avais déjà parlé pour Capitaine Phasma, et qui me paraît figurer clairement dans le très haut du panier : s’il est volontiers flashouille (mais ça, c’est souvent le résultat du travail du coloriste), il a un don admirable pour figurer les batailles, spatiales comme planétaires, et c’est à vrai dire probablement l’atout majeur des Ruines de l’Empire, dont les quatre épisodes, liés par les personnages, sont autrement relativement indépendants, et sans doute un peu trop expéditifs au plan narratif (le plus marquant est probablement le troisième, qui voit Shara Bey, j’y arrive, Leia Organa et la reine de Naboo, Sosha Soruna, affronter l’Empire déliquescent mais pas moins cruel à bord de Chasseurs Royaux Naboo N-1, reliquats de la guerre des Clones qui intégreront le jeu X-Wing dans la vague 4).

 

Nous sommes donc une trentaine d’années avant Poe Dameron – et pourtant les liens ne manquent pas, car, au cœur de cette brève mais épique aventure, on trouve les parents de Poe Dameron, lequel vient alors tout juste de naître.

 

 

À vrai dire, il n’y a pas grand-chose à relever concernant son père, Kes Dameron – même s’il se singularise probablement, dans la liste des héros de Star Wars, en n’étant pas un pilote, mais un fantassin, en fait un membre des Pathfinders commandés par Han Solo sur Endor, et, donc, dans les mois qui suivent, pour des opérations du même ordre (dont notamment la prise d’une base du BSI). Mais il n’apparaît qu’assez peu dans ces pages.

 

 

La vraie héroïne, c’est son épouse, la mère de Poe Dameron : Shara Bey. Elle est le personnage central des Ruines de l’Empire, volant éventuellement la vedette à Leia Organa voire Luke Skywalker, qu’elle est amenée à côtoyer dans ces quatre épisodes ; le dernier, d’ailleurs, explique quel est cet « arbre » à l’ombre duquel Poe Dameron a grandi, et qu’il évoque hâtivement dans le tome 6 de la série qui lui est consacrée, quand il est questionné sur son enfance ; mais il n’en dit pas davantage.

 

Shara Bey est un personnage assez charismatique, et peut-être plus subtil qu’il n’y paraît. Le principe même de son personnage est sans doute relativement convenu : elle est tiraillée entre son engagement dans la cause de l’Alliance Rebelle, et l’envie pas vraiment avouée mais tout de même présente de se retirer pour vivre enfin un peu auprès de son mari (qui a sans doute le même souci mais en fait encore moins état) et élever ensemble leur fils. Mais Rucka et Checchetto se montrent relativement habiles dans leur figuration du personnage, qui en sort finalement assez complexe et, dès lors, humain.

 

 

Dans la BD, Shara Bey est clairement une pilote de A-Wing RZ-1 – des vaisseaux qui ont joué un rôle crucial lors de la bataille d’Endor –, et elle est sous les ordres de L’ulo L’ampar, sur lequel je reviendrai.

 

Mais on l’y voit piloter également, outre les Chasseurs Naboo mentionnés plus haut, une sorte de transport rebelle… et une Navette T-4A de classe Lambda.

 

Dans le jeu X-Wing, cependant, Shara Bey est une pilote de Chasseur ARC-170 – et plutôt une bonne pilote, d’ailleurs. Je ne sais pas si quoi que ce soit vient justifier cet écart entre les récits et le jeu...

 

L’A-Wing rebelle est un peu à la peine à l’heure actuelle – une rumeur faisait état de la possibilité de faire des extensions comprenant essentiellement des cartes, dont de nouveaux pilotes, et je suppose qu’elle pourrait être un choix intéressant à cet égard… Mais il serait malvenu de spéculer outre-mesure, nous verrons bien.

 

 

Mais les liens des Ruines de l’Empire avec Poe Dameron ne s’arrêtent pas à ses seuls parents : L’ulo L’ampar est un personnage important des deux séries.

 

Ce Duros est un fameux pilote, qui dirige donc un escadron d’A-Wing RZ-1 lors de la bataille d’Endor : il est alors le supérieur, et à certains égards le mentor, de Shara Bey.

 

Mais, une trentaine d’années plus tard, ce vétéran légendaire sera toujours là – aux commandes cette fois d’un A-Wing RZ-2, et… sous les ordres du fils de Shara Bey. Aussi aurons-nous l’occasion d’y revenir.

 

Bon, passons à la série Poe Dameron à proprement parler – et avec un avertissement, d’emblée : je risque de SPOILER pas mal… Alors à vous de voir, hein !

 

L’essentiel de la série se déroule donc avant Le Réveil de la Force ; elle est constituée d’arcs généralement plutôt brefs (trois épisodes, souvent), mais qui sont tous liés entre eux par une même quête au long cours directement en rapport avec le film.

 

 

En effet, la générale Leia Organa, fondatrice et dirigeante de la Résistance (Phil Noto la représente superbement bien, rendant au mieux les traits de Carrie Fisher d’une manière doucement expressive), vient tout juste de débaucher Poe Dameron de la flotte de la Nouvelle République, et lui confie une mission qu’elle juge d’une importance vitale.

 

 

Il s’agit de retrouver Lor San Tekka (incarné par l’immortel Max von Sydow dans Le Réveil de la Force), un érudit vagabond fasciné par la Force, s’il n’y est pas sensible lui-même, et qui pourrait être la meilleure piste pour déterminer où a bien pu filer Luke Skywalker. Leia est convaincue que son Jedi de frère jouera un rôle crucial dans l’affrontement inévitable avec le Premier Ordre (qui aimerait bien, lui aussi, mettre la main sur le personnage incarné par Mark Hamill).

 

Or cette guerre ouverte n’a pas commencé au moment de la BD : le Premier Ordre comme la Résistance sont des factions qui se regardent en chiens de faïence, tandis que la Nouvelle République, faible et vite corrompue, peine à satisfaire qui que ce soit. C’est une dimension fondamentale de cette histoire, et qui ne me paraissait pas assez clairement exposée dans les films (il est vrai qu’ils ne m’ont pas exactement passionné) ; mais la série Poe Dameron illustre avec bien davantage de pertinence le rôle des deux factions dans cette affaire – et la Résistance, décidément, me fait penser… disons à un groupe Antifa ? extrêmement restreint, qui sait que le Premier Ordre est une colossale menace, mais manque de champ pour agir, étant bien conscient que tout comportement un peu trop proactif lui vaudrait des accusations de sédition, voire de terrorisme (Leia elle-même emploie le terme).

 

 

Pourquoi Poe Dameron ? Parce que c’est « le meilleur pilote de la galaxie », une définition qui revient très souvent dans la BD, même si elle est généralement employée sur le ton du running gag, car il s’agit souvent de présenter le personnage comme un casse-cou particulièrement doué pour se jeter en plein dans les ennuis, et, de fait, l’excellent pilote s’est crashé plus qu’à son tour. Mais il avait toujours des « circonstances atténuantes »…

 

Et l’ironie des comparses de Poe, voire de Poe lui-même (qui est en même temps, bien sûr, d’une extrême arrogance, et pose au vaurien – Leia, comme de juste, multiplie les allusions qui assimilent son subordonné à son ex-mari Han Solo), cette ironie donc n’enlève rien au fait que Poe Dameron est bel et bien le meilleur pilote de la galaxie (il a de qui tenir, après tout !). Les films, sans doute, en ont fait la démonstration, mais la BD en rajoute.

 

Et, dans X-Wing, ben… oui, Poe Dameron, à bord de son X-Wing T-70, ayant hérité de ce qui se rapproche le plus du talent honni de la v1 Repousser les limites, est très probablement le meilleur pilote du jeu…

 

 

Mais il ne peut pas accomplir cette quête vitale seul. Heureusement, il a des amis sur qui compter.

 

Et bien sûr au premier chef son astromech, BB-8, qui entretient avec lui la même relation qui unissait Luke Skywalker et R2-D2 du temps de la guerre civile galactique.

 

Dans X-Wing, le droïde sphérique confère à qui l’embarque de nouvelles options de repositionnement – Poe en particulier n’en est dès lors que plus redoutable.

 

Mais BB-8 brille plus qu’à son tour même sans être embarqué dans un chasseur – il aime beaucoup faire usage de ses décharges électriques !

 

 

Mais il faut un escadron à Poe Dameron – et ce sera l’Escadron Black (dont il est comme de juste Black Leader). Sur l’injonction de Leia, Poe sélectionne donc dans les rangs serrés de la Résistance quatre pilotes hors-normes, et un ingénieur.

 

Le premier de ces pilotes, nous l’avons déjà croisé, puisqu’il s’agit de L’ulo L’ampar, cette fois aux commandes d’un A-Wing RZ-2. Le vétéran d’Endor est toujours bon pied bon œil, et s’accommode très bien d’avoir le fils de Shara Bey pour chef. Même s'il est d'un naturel grincheux, il est par essence une légende qui inspire le respect.

 

Sa carte dans X-Wing, tout en appuyant sur son statut de « mentor éclairé », traduit bien la tendance du personnage à jouer au casse-cou et à se mettre en danger pour accomplir sa mission – le BD fera plus qu’en témoigner…

 

 

L’ulo est le seul de ces pilotes à se trouver aux commandes d’un A-Wing RZ-2. Tous les autres pilotent des X-Wing T-70.

 

En mettant L’ulo de côté, celui qui est le plus souvent amené à « remplacer » Poe à la tête de l’Escadron Black est Temmin « Snap » Wexley (Greg Grunberg à l’écran), initialement apparu dans un roman. Il faut dire que, de même que L’ulo, « Snap » est un vétéran – il a notamment participé à la bataille de Jakku alors qu’il était encore un adolescent.

 

Plus âgé donc que tous ses collègues à l’exception du Duros, Temmin Wexley a une allure qui tranche un peu sur le héros de Star Wars lambda – il a quelque chose de plus ou moins nounours et a pris du ventre… Idéal pour que le fan geek se projette ?

 

 

Ça n’en est pas moins un excellent pilote de X-Wing T-70 : dans le jeu, il s’illustre par sa capacité d’accélération particulière, qui incite à le jeter en plein dans la bataille tout en négociant au mieux les arcs ennemis.

 

 

Il faut dire que, comme Poe Dameron, il a de qui tenir : sa mère, Norra Wexley, était une excellente pilote de l’Alliance Rebelle puis de la Nouvelle République.

 

 

Et Norra Wexley figure d’ailleurs elle aussi dans X-Wing, dans les rangs de la Rébellion donc – et sur deux vaisseaux : nous la trouvons ainsi aussi bien aux commandes d’un Chasseur ARC-170, comme Shara Bey…

 

 

… que d’un Y-Wing BTL-A4.

 

Dans les deux cas, elle figure dans le haut du panier, et dispose de la même capacité spéciale, qui accroît sa défense quand elle se trouve en plein milieu de l’affrontement – oui, « Snap » a bien de qui tenir…

 

 

Et il est intimement lié au pilote suivant de l’Escadron Black : Karé Kun. Les deux personnages forment un couple, même si leur engagement dans la Résistance les met dans une situation compliquée – notamment parce que Karé s’inquiète de ce que cette liaison pourrait avoir des conséquences fâcheuses au regard des périlleuses missions que se voit confier l’Escadron Black. Ce en quoi elle peut rappeler Shara Bey, encore que sur un mode plus sec, Karé ayant tendance à ne pas mâcher ses mots.

 

Mais je trouve que ce personnage manque un peu de caractère, à vrai dire : c’est un modèle relativement convenu de « femme forte », dont la romance imposée a quelque chose d’un peu artificiel. Des pilotes de l’Escadron Black, honnêtement, c’est celui qui m’inspire le moins.

 

 

Karé Kun est bien sûr elle aussi une pilote de X-Wing T-70 dans le jeu X-Wing. Sa capacité spéciale en matière d’accélération est assez étrange, et je ne suis pas bien certain de l’impact qu’elle peut avoir – n’hésitez pas à m’éclairer à ce propos.

 

 

Reste une dernière pilote – et si Karé Kun est le personnage qui me botte le moins dans cette petite compagnie d’élite, Jessika Pava (qui est quant à elle apparue à l’écran dans Le Réveil de la Force, incarnée par Jessica Henwick) est sans doute celui qui me parle le plus.

 

C’est un personnage assez mystérieux, même si quelques flashbacks plus ou moins hermétiques nous laissent entendre que son enfance n’a pas été de tout repos, et qu’elle a probablement été esclave à un moment ou à un autre. L’expérience l’a profondément marquée, et elle a en retiré une véritable obsession pour le contrôle, qui peut la rendre distante.

 

De manière intéressante, cela se traduit notamment par sa propension à personnaliser les vaisseaux qu’elle pilote avec des gadgets de sa création. Bien qu’étant pilote et non ingénieure (ce rôle étant assuré par Oddy Muva dans l’Escadron Black), elle fait preuve d’une connaissance exhaustive d’à peu près tout ce qui vole, et aime bidouiller son appareil, pour le faire sien, en le rendant plus rapide, notamment.

 

 

Et c’est d’ailleurs elle qui invente « l’augmentateur de poussée expérimental » que Poe Dameron utilise au début des Derniers Jedi, sans test préalable...

 

En jeu, cela renvoie au titre Black One, qui permet de faire une action de MASL exceptionnelle.

 

 

Jess Pava est brillante à tous points de vue – mais elle a la poisse. Les astromechs de la Résistance ont remarqué une anomalie statistique : les droïdes embarqués par Jessika ont bien plus de chances de périr en mission qu’avec tout autre pilote de la Résistance.

 

Ils en viennent à la surnommer « La Grande Destructrice », et tout le monde sur D’Qar se demande si c’est là une superstition ou une plaisanterie, les deux hypothèses étant aussi troublantes l’une que l’autre, car les droïdes ne sont pas censés pouvoir faire preuve de superstition comme d’humour…

 

Mais c’en est au point que les astromechs refusent de voler avec Jess Pava – jusqu’à ce qu’une droïde du nom d’Ivé change la donne (une astromech qui entretient une sorte de romance avec BB-8, d’ailleurs…).

 

 

Jessika Pava pilote elle aussi un X-Wing T-70 dans le jeu de figurines – et son titre est « La Grande Faucheuse ». De fait, de manière très intéressante, sa capacité spéciale joue éventuellement avec ses astromechs, ce qui est très bien vu.

 

Comme pour Karé Kun, je ne suis pas vraiment en mesure d’apprécier son impact en jeu, même s’il faut relever que Jess a une initiative de 3 seulement, qui la place à la traîne par rapport à ses collègues de l’Escadron Black.

 

Mais c’est à coup sûr un personnage intéressant – oui, mon chouchou dans cette petite bande de séditieux…

 

 

Reste un dernier membre de l’Escadron Black, mais qui n’est cette fois pas un pilote – même s’il en crève d’envie : il s’agit d’Oddy Muva, un Abednedo qui officie en tant qu’ingénieur ; et il est très compétent dans sa partie, même Jess Pava le reconnaît volontiers.

 

Oddy Muva joue un rôle central dans la série Poe Dameron – hélas au fil d’une intrigue tellement convenue qu’on est en droit de la qualifier de téléphonée, et dont la résolution ne satisfera absolument personne…

 

 

Même si elle participe d’une certaine manière à la caractéristique essentielle de l’Escadron Black : l’héroïsme.

 

Et le plus jusqu’au-boutiste : tout au long de la BD, nous voyons l’Escadron Black affronter des forces considérables – généralement quelque chose comme dix fois plus nombreuses ! Il ne s’en tire pas toujours sans casse, certes, mais mieux vaut vous prévenir : si vous êtes allergiques à ce gimmick ultra badass, la série n’est probablement pas pour vous… Oui, ça fait partie du truc, clairement.

 

Et cela éclaire sans peine le talent « adjectif » spécifique à la Résistance : Héroïque. Lequel est assez intéressant – de même que Fanatique pour le Premier Ordre : à cet égard, les deux factions de la nouvelle trilogie ont été bien plus gâtées que toutes les autres dans X-Wing.

 

 

Bon, il m’aura fallu du temps, mais vous en savez désormais un peu plus sur les héros de cette histoire.

 

Maintenant, il leur faut un méchant à la hauteur… et ce sera l’Agent Terex, du Bureau de Sécurité du Premier Ordre. Terex est véritablement la Némésis de Poe Dameron tout au long de cette série, tous deux envisageant leur affrontement récurrent comme étant de nature personnelle ; même si Terex, au bout d’un certain temps, doit partager l’affiche avec un autre « méchant de service », hélas beaucoup moins intéressant, la Commandante Malarus – j’y reviendrai le moment venu.

 

Mais Terex, lui, est un personnage très intéressant, et qui est sans cesse approfondi tout au long de la série.

 

Dans les deux premiers tomes, nous ne savons pas forcément grand-chose de lui : il est arrogant et bavard, sans aucun doute, et en cela il est typique de ces officiers du Premier Ordre (comme de l’Empire Galactique, d’ailleurs) qui prennent leurs adversaires factieux un peu trop à la légère, mais, en l’espèce, même si Poe et ses copains s’en tirent à chaque fois ou presque, c’est pour le coup un antagoniste compétent et redoutable – ce qui se traduit notamment par le fait qu’il a presque toujours un mouvement d’avance sur la Résistance.

 

À partir du tome 3, le personnage gagne en caractère, à mesure que l’on en apprend davantage sur son passé : nous découvrons que Terex, en son temps, avait été TK-603, un Stormtrooper présent lors de la bataille de Jakku. Sur l’injonction d’un camarade, plus lucide quant à ce que la débâcle signifiait pour l’Empire Galactique, il a pour un temps remisé son armure, mais jamais vraiment ses idéaux : soldat fanatique, Terex n’avait qu’un objectif en tête, ressusciter l’Empire. Ce qui le rendait aisément manipulable – or Terex n’était déjà pas sans compétences utiles, et, avec son « compagnon » cynique, il a mis en place une organisation criminelle redoutablement efficace, dont il prend enfin la tête, une fois qu’il a compris que ses associés se moquent de la résurrection de l’Empire comme de leur premier blaster.

 

Ce n’est qu’ensuite qu’il entend parler du Premier Ordre, et il décide de rejoindre ses rangs. Il n’y est pas forcément très bien accueilli : on apprécie ses talents multiples, qui en font notamment un espion de premier rang, mais son passé criminel suscite la méfiance, et on questionne ses idéaux – pourtant toujours aussi catégoriques. Reste que l’Agent Terex, comme il tient à ce qu’on l’appelle dès lors, est un outil de choix pour le Premier Ordre – qui ne le récompense cependant pas très bien, comme on le verra…

 

 

Et, de fait, l’évolution du personnage sera intimement liée à celle de ses idéaux.

 

S’il a indubitablement la foi, ses supérieurs du Premier Ordre ne se trompent peut-être pas tout à fait quand ils se méfient de lui : c’est que le personnage, qui ne cesse de clamer sa conviction que le concept même de liberté est essentiellement une menace pour l’ordre galactique, est lui-même farouchement attaché à sa propre liberté – la bascule le concernant illustrera d’ailleurs cette thématique de manière particulièrement cruelle (oui, c’est le méchant de l’histoire, mais on en vient à le plaindre…).

 

Et, graphiquement, cela se traduit par une certaine tendance à personnaliser ses armures – d’abord celle de TK-603, qu’il a récupérée dans les sables de Jakku, et dont il a accentué l’aspect « samouraï » (une inspiration notoire de George Lucas pour le design de Dark Vador, mais Terex va en fait bien plus loin)…

 

 

… mais aussi, plus tard, avec une armure du Premier Ordre – ce qui est l’équivalent terexien d’une procédure de divorce.

 

Oui, l’Agent Terex est un méchant très réussi – à vrai dire probablement le personnage le plus intéressant de cette histoire, avec Jess Pava, en ce qui me concerne.

 

Il ne figure pas dans X-Wing à ce jour, mais je suis persuadé que ce serait une option très pertinente à l’avenir (dans le Premier Ordre à vue de nez, mais il pourrait aussi avoir son versant Scum).

 

 

À noter, d’ailleurs, Terex dispose de son propre vaisseau – et pas le moindre : Le Pic de la Charogne, qui appartenait en son temps au Grand Moff Tarkin ! Lequel l’avait baptisé ainsi pour des raisons exposées dans le roman Tarkin de James Luceno (hélas très mauvais).

 

Le Pic de la Charogne a une allure caractéristique de lance (et, dans le tome 2, il transperce littéralement une station orbitale !), et bien des options intéressantes – pas des moindres, une capacité de furtivité qui, en termes de jeu, renverrait à la mécanique d’occultation.

 

Bien sûr, ce vaisseau n’existe pas à ce jour dans X-Wing, mais je tends à croire qu’il pourrait constituer un vaisseau épique intéressant, aussi bien pour l’Empire Galactique que pour le Premier Ordre, d’ailleurs.

 

 

Au fil de la série, bien d’autres figures notables du Premier Ordre sont évoquées ici ou là : on parle (forcément) du Suprême Leader Snoke, ainsi que du Général Hux, on entrevoit çà et là Kylo Ren, mais le seul de ces personnages à jouer véritablement un rôle dans cette histoire est la Capitaine Phasma – même si, la plupart du temps, nous ne l’apercevons qu’à distance, sous forme d’hologramme sermonnant Terex pour ses échecs et sa propension à la désobéissance ; plus tard cependant elle apparaît en personne, et a son mot à dire sur certains développements majeurs de l’intrigue.

 

Il n’y a toutefois pas grand-chose de plus à en dire ici – et je vous renvoie le cas échéant à mon premier article « Univers », Autour de Phasma.

 

 

Le premier volume de Poe Dameron se conclut sur un épisode spécial, dans lequel l’Escadron Black et Poe lui-même n’ont absolument aucun rôle – pourtant, c’est à bon droit qu’il figure ici, car il peut expliquer certains aspects de la suite des opérations.

 

Or il porte sur un héros assez inattendu : C-3PO…

 

Ce Star Wars Special : C-3PO date de 2016. Il est scénarisé par James Robinson, et illustré par Tony Harris, un dessinateur que j’avais plutôt apprécié, en son temps, pour son travail sur l’intéressante série Ex Machina, scénarisée par Brian K. Vaughan. Il use ici d’un style… très particulier, un peu agressif avec ses gros traits noirs, mais qui a indéniablement de la personnalité, et même, je suppose, de la gueule – dans un registre très différent de toutes les BD Star Wars que j’ai pu lire.

 

Cette BD, très prosaïquement, explique comment C-3PO a récupéré son bras rouge, qui, comme chacun le sait, empêche de le reconnaître. Ce qui en tant que tel serait relativement anecdotique si cela n’aiguillait pas sur une autre conséquence potentielle de cette histoire 100 % droïde : un certain changement de personnalité qui affecte considérablement le droïde de protocole que nous avions toujours connu froussard depuis l’épisode IV.

 

En effet, C-3PO, s’il conserve de par son côté guindé et à côté de la plaque quelque chose d’un ressort comique, s’avère pourtant bien plus compétent au service de la Résistance qu’il ne l’était du temps de la guerre des Clones ou de la guerre civile galactique : le C-3PO de la Résistance est devenu un maître espion, à la tête d’un réseau de droïdes très étendu et très fructueux (oui, il préfère les qualifier d’agents, pas d’espions…).

 

Et, à cet égard, il joue un rôle conséquent dans le reste de la série Poe Dameron : à vrai dire, si Terex et le meilleur pilote de la galaxie sont portés à envisager leur affrontement comme étant de nature personnelle, à maints égards, cette lutte oppose également Terex à C-3PO, et l’agent du Bureau de Sécurité du Premier Ordre qualifie lui-même, de manière révélatrice, le droïde de protocole comme étant son « homologue » de la Résistance.

 

Je ne sais pas que penser de cette évolution de C-3PO – en termes de crédibilité, disons. Mais l’idée de ce réseau de droïdes esp… agents est assurément bonne.

 

Et elle éclaire le fonctionnement de l’équipage C-3PO de la Résistance, dont le propos est de coordonner… et qui fait ça d’autant mieux quand ce sont des droïdes qu’il coordonne.

 

Sauf erreur, la Résistance manque encore d’options pour tirer pleinement parti de cet équipage hors-normes, mais j’ai cru comprendre que la vague 4 pourrait commencer à y remédier ? Nous verrons bien…

 

 

Le volume se conclut sur une histoire brève en forme de gag signée Chris Eliopoulos et Jordie Bellaire, dans laquelle BB-8 joue le médiateur amoureux entre un pilote et une ingénieure – ça n’a pas vraiment d’intérêt en ce qui me concerne, même si j’ai lu une autre histoire de ce type tournant autour de Dark Vador qui étranglait tout le monde, et celle-ci était rigolote, oui.

 

Le tome 2 comprend les épisodes 4 à 7 de la série. Charles Soule les scénarise tous, mais Phil Noto, même s’il n’y finit pas son run, ne dessine que les trois premiers – le dernier, c’est Angel Unzueta qui s’y colle, qui fait ainsi ses premières armes sur Poe Dameron.

 

À l’instar du premier volume, L’Escadron Black, celui-ci, titré Sous les verrous, se montre assez efficace, dans son registre pulp relativement léger. L’Escadron Black se rend sur une planète pénitentiaire pour y dénicher des informations sur Lor San Tekka – mais, une fois de plus, Terex les a pris de vitesse… et nos héros sont confrontés à un fâcheux dilemme, ce qui représente un peu leur quotidien, au fond.

 

 

Leur informateur est un personnage assez haut en couleurs, Grakkus le Hutt, apparu initialement dans le deuxième volume de la série régulière Star Wars, intitulé Épreuve de force sur Nar Shadaa.

 

Forcément un baron du crime, ce mafieux adipeux se caractérise, outre ses membres cybernétiques qui lui permettent de se déplacer, par une véritable passion de collectionneur pour tout ce qui concerne les Jedi. Dans Star Wars, c’était précisément pour cette raison que Luke Skywalker lui rendait visite… ce qui s’était très vite avéré une mauvaise idée, le Hutt ayant fait prisonnier le naïf fermier.

 

Trente ans plus tard, Grakkus est toujours aussi passionné par les artefacts liés à la Force, et c’est bien pourquoi il pourrait mener l’Escadron Black à Lor San Tekka… et donc à Luke Skywalker – décidément ! Mais TANSTAAFL, hein ?

 

Grakkus jouera indirectement un petit rôle plus tard dans la série – ce qui est en soi anecdotique, sans doute, mais révèle que le personnage entretient finalement avec Poe Dameron une relation peut-être vaguement ambiguë ?

 

 

Mais le dernier épisode de ce volume, un one-shot, introduit un personnage autrement déterminant pour la suite des opérations : Suralinda Javos, une journaliste squamatienne (une espèce qui a beaucoup souffert de la cruauté de l’Empire), et une connaissance de Poe Dameron.

 

Elle essaye d’en jouer pour obtenir un scoop, car elle est volontiers manipulatrice… mais ce à quoi elle assistera, en guise de conséquences de ses mesquines magouilles, l’amènera à ouvrir les yeux sur les natures respectives de la Résistance et du Premier Ordre, et à intégrer les rangs de l’organisation de la générale Organa – en définitive, elle intégrera à son tour l’Escadron Black, aux commandes d’un A-Wing RZ-2 (mais elle n’apparaît pas dans le jeu X-Wing).

 

Je ne suis pas bien certain de ce que je pense de ce personnage. Je crois, en fait, que cette première apparition m’a incité à me montrer sceptique pour une raison en vérité secondaire : le style graphique d’Angel Unzueta me parlait beaucoup moins que celui de Phil Noto, et le personnage faisait un peu trop « bonnasse mais en bleu » à mon goût. Le côté un-peu-cynique-mais-pas-totalement-non-plus du personnage devrait jouer en sa faveur, mais… mouais…

 

 

Le tome 3, La Tempête approche, dans lequel tout est à nouveau dessiné par Phil Noto, qui conclut ainsi son run sur la série, commence à adopter un ton plus grave que les précédents – pour partie du fait, exposé plus haut, que c’est ici que nous en apprenons davantage sur le passé de l’Agent Terex, et ces passages sont très réussis.

 

Mais, au présent, les drames s’enchaînent – la pénible trahison d’Oddy Muva, avec sa pénible justification, ne plaide pas vraiment en faveur de cet arc, mais, après quelques malhonnêtetés dont Soule se montre parfois coutumier (ici, un twist absolument pas crédible pour un sou même s’il débouche sur une scène amusante), ce troisième volume comprend bel et bien un retournement inattendu : la mort de L’ulo L’ampar ! Et ça, je dois avouer que ça m’a pris totalement par surprise…

 

 

Côté antagonistes, ce troisième tome se conclut sur la première apparition du méchant « alternatif » de la série : la Commandante Malarus. À ce stade, nous n’en savons encore rien, mais, dans les tomes suivants, elle s’avérera bien vite être un méchant très caricatural, beaucoup moins riche et complexe que l’Agent Terex : c’est une sadique assumée, obsédée par l’idée de perfectionnement pour elle-même, qu’elle travaille en usant de diverses drogues – et tous les autres lui sont naturellement inférieurs, bons seulement à être torturés…

 

 

À la différence du pourtant bien plus intéressant Terex, le Commandant Malarus a intégré le jeu X-Wing, étrangement en tant que pilote de Chasseur TIE/fo – plutôt efficace, d’ailleurs, à vue de nez, de par sa capacité spéciale potentiellement intéressante et son initiative de 5.

 

Mais en tant que personnage de BD…

 

 

Le quatrième tome de Poe Dameron, Disparition d’une légende, marque une rupture à plus d’un titre – mais d’abord et surtout parce que Phil Noto est remplacé définitivement par Angel Unzueta au dessin. Comme je l’avais dit plus haut, j’ai trouvé ça plutôt regrettable, tout en reconnaissant que le dessinateur espagnol sait mettre en scène les batailles spatiales, qui deviennent toujours plus épiques à mesure que la série progresse et que l’affrontement avec le Premier Ordre devient toujours plus ouvert.

 

À noter, ce quatrième volume comprend également en son milieu le premier annual de Poe Dameron, scénarisé par Robbie Thompson et dessiné par Nik Virella. Il n’y a hélas pas grand-chose à en dire, c’est au mieux médiocre, et je n’en retiens guère que l’amusant gimmick sur le faciès renfrogné de Leia…

 

 

Laquelle joue un rôle particulier dans cette histoire, mais par la force des choses : en effet, à en croire l’éditorial de ce volume, l’ouverture du premier épisode, qui porte sur les funérailles de L’ulo L’ampar, aurait été écrite par Charles Soule le jour même de la mort de Carrie Fisher. Je ne sais pas quel crédit on peut accorder à cette histoire, un peu « trop belle pour être vraie », mais il est certain que l’auteur développe dans ces planches un double discours qui ne laisse pas indifférent. À ceci près, mais je suppose que c’était difficile à éviter, qu’il succombe forcément à un certain lacrymalisme motivationnel et violoneux typique des récits mettant en scène l’hommage rendu par les frères d'armes aux héros tombés au combat…

 

Le reste de l’arc est plus classiquement – et efficacement – orienté vers l’action, même s’il repose sur une idée assez saugrenue : en gros, faire un remake de Speed à la sauce Star Wars… Cela fonctionne plutôt honnêtement, pourtant, en dépit là encore de quelques « malhonnêtetés » de Charles Soule (des explosions « mal attribuées »…), et du fait que la commandante Malarus est un antagoniste beaucoup moins intéressant que l’Agent Terex.

 

 

Cela dit, celui-ci n’a pas disparu de la série, loin de là. Seulement, son équivalent Premier Ordre du discours motivationnel des funérailles de L’ulo L’ampar, assez lourdement monté en parallèle, n’a pas convaincu la Capitaine Phasma, et Terex se voit châtier de la pire des manières : on lui attribue des implants qui brident sa personnalité (et, notamment, on y insiste, sa capacité à mentir, outre celle à désobéir), en faisant un simple ordinateur humain en proie aux cruautés puériles de Malarus.

 

Et là je ne peux m’empêcher de me demander si Charles Soule n’a pas quelque chose avec les implants : après tout, dans Lando : le casse du siècle, il avait accordé un rôle de premier plan à Lobot, en racontant justement comment le personnage s’était retrouvé à jamais soumis à ses propres implants…

 

Mais Terex n’est pas Lobot – sa force de volonté est tout autre ; et, dans la suite de la série, nous le verrons circonvenir ses implants… d’une manière assez terrible et qui, en ce qui me concerne, ne fait que renforcer une fois encore l’intérêt de ce personnage décidément très réussi.

 

 

De manière plus anecdotique, je relève que cette BD, comme beaucoup d’autres, met en scène de nombreux vaisseaux, dont certains sont bien connus (abondance, ici, de Chasseurs TIE/fo et TIE/sf), mais dont d’autres ne figurent pas (encore ?) dans X-Wing.

 

Dans bien des cas, je n’en vois pas assez et n'en sais pas assez pour ne serait-ce que les identifier, mais, ici, un vaisseau du Premier Ordre est assez récurrent, piloté par Malarus et Terex, d’ailleurs, qui est la Navette légère de classe Xi – une sorte de Lambda inversée.

 

Pas dit qu'en jeu la faction du Premier Ordre en bénéficierait vraiment, elle qui dispose déjà de la chouette (et plus agressive) Navette de commandement de classe Upsilon, mais je le note pour mémoire.

 

Le cinquième volume, La Légende retrouvée, conclut à maints égards l’intrigue au long cours de la série Poe Dameron : en effet, Poe et ses camarades y parviennent enfin à mettre la main sur Lor San Tekka – ce qui prépare la scène introductive du Réveil de la Force, sur Jakku.

 

Mais cette première rencontre a lieu dans un tout autre contexte : sur Cato Neimodia, la planète des Neimodiens, comme le vice-roi Nute Gunray, que la prélogie nous a amenés à associer, d’abord avec la Fédération du Commerce, puis avec la Confédération des Systèmes Indépendants.

 

Dès lors, cet arc établit comme une passerelle, et non sans pertinence, entre la prélogie et la nouvelle trilogie : les Neimodiens n’y suffisent pas à eux seuls, mais ils s’entourent de droïdes, fantassins comme chasseurs, qui renvoient bel et bien à la guerre des Clones – et Leia, qui joue un rôle central dans cette histoire, en montant un cambriolage audacieux (et, une fois de plus, absolument pas crédible… mais distrayant, OK, sur un mode un peu Ocean’s Eleven), Leia donc en rajoute à cet égard, en usant en guise de leurre des robes de sa mère – sa vraie mère, Padmé Amidala de Naboo (à noter, dans Les Ruines de l’Empire, il y avait donc déjà quelque chose de cet ordre, qui contribue encore à renforcer les liens de l’ensemble).

 

 

Quoi qu’il en soit, ce choix narratif produit des séquences assez improbables, mais plutôt enthousiasmantes, qui opposent l’Escadron Black à une nuée de dizaines voire de centaines de Chasseurs droïdes de classe Vulture.

 

Or, à un moment, leur propriétaire neimodien se targue de ce qu’il a fait trafiquer le « programme d’auto-préservation » des chasseurs droïdes – et là, ça m’a immédiatement fait penser à une carte pas encore existante mais qui intégrera X-Wing dans la vague 4 et qui a déjà été spoilée : DBS-404 le bien nommé, « Preservation Protocol Not Found », un bombardier de classe Hyena qui a l’air très, très amusant…

 

 

Comme l’est cet arc, dans l’ensemble – même avec des lourdeurs non négligeables, dont le sacrifice d’Ivé, qui, après ceux de L’ulo L’ampar et d’Oddy Muva, a quelque chose d’un expédient assez lourdingue… et de même sans doute que le mariage entre Temmin Wexley et Karé Kun, en contrepoint des funérailles de L’ulo. Bon…

 

 

Et nous en arrivons au sixième et dernier volume de la série, Le Réveil. Qui est totalement différent des précédents.

 

En effet, si le tome 5 se concluait juste avant Le Réveil de la Force, ce tome 6 se situe presque intégralement après Les Derniers Jedi – en adoptant au passage une structure narrative plus complexe, avec de nombreux récits enchâssés, dont un nombre non négligeable de flashbacks.

 

Un exercice plus casse-gueule que les récits plus francs du collier qui constituaient jusqu’alors l’essentiel de la série, mais dont Charles Soule, ça lui arrive, se tire très bien : à vrai dire, ce dernier volume a constitué à cet égard une très bonne surprise, en ce qui me concerne.

 

Et il a aussi confirmé une chose dont j’avais vaguement l’intuition depuis quelque temps. Si je n’ai pas vraiment envie, ici, de me lancer dans les polémiques concernant Le Réveil de la Force et Les Derniers Jedi (mon avis n’est certes pas très favorable, surtout concernant l’épisode VII à vrai dire, dont l’indigence scénaristique a quelque chose de la mauvaise blague, mais je suis relativement bon public en même temps et ne crois pas faire partie des rageux), je crois qu’on peut assez objectivement constater combien l’univers décrit dans ces films, et leurs intrigues à proprement parler, souffraient de très nombreux, très voyants et parfois très embarrassants trous. Au point où des choses essentielles étaient passées sous silence ou peu s’en faut, qui rendaient l’ensemble un peu incohérent, difficile à appréhender, et clairement pas satisfaisant, car clairement pas à la hauteur.

 

Ici, l’univers étendu, je crois, s’avère d’une aide précieuse, et, à l’occasion, pas systématiquement mais à l’occasion, en comblant plus ou moins ces trous, il révèle que cet univers… eh bien, pourrait être très intéressant en tant que tel. Ce qu’il n’est pas à s’en tenir aux seuls films, je le crains…

 

Et ce tome 6 de Poe Dameron me paraît en faire la démonstration – même quand il s’attache à raconter quelque chose d’aussi prosaïque et anodin à vue de nez que, dans le premier épisode, la manière dont Poe a survécu à son crash sur Jakku, après avoir fait s’éjecter Finn.

 

Soule s’applique, Unzueta aussi d’ailleurs, et le résultat m’a paru tout à fait convaincant.

 

 

Mais il y a donc une grosse rupture temporelle par rapport au tome 5.

 

Ici, l’aventure débute à bord du Faucon Millenium, en train de fuir avec les principaux héros des films à son bord, après la bataille de Crait.

 

Et c’est l’occasion d’introduire en dernier recours dans la série Poe Dameron les héros des films qui n’y avaient pas encore eu droit, pour les raisons évoquées plus haut (avec hélas cette conséquence fâcheuse qu’Angel Unzueta doit y batailler avec les visages des acteurs, pour un résultat pas toujours très probant).

 

 

Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais le volume s’ouvre donc sur une discussion entre Poe Dameron et deux camarades inédits.

 

 

Rey, tout d’abord, forcément très perturbée par les événements récents, et emplie de doutes quant à son rapport à la Force…

 

 

… Mais aussi Finn, bien sûr, qui a vécu des aventures avec Poe lui-même, et que sa toute récente épopée, plus ambiguë initialement, au côté de Rose Tico, a confirmé quoi qu’il en pense dans son statut de héros.

 

 

Rose Tico elle-même récupère de ladite épopée, et n’est entrevue que dans une seule case, veillée par Finn comme de juste.

 

 

Mais on croise aussi quelques vétérans dans le Faucon Millenium, et notamment Nien Nunb, qui retrouve son siège dans le YT-1300, même si, dans les rangs de la Résistance dans X-Wing, il est lui aussi un pilote de X-Wing T-70...

 

 

Mais il y a aussi son bro poilu le puissant Chewbacca.

 

Cependant, ils ne font guère qu’apparaître brièvement dans cette histoire.

 

 

C’est probablement l’occasion de noter, en revanche, que Chewie a un rôle plus important dans le second annual de Poe Dameron, qui conclut anachroniquement ce recueil (il est situé avant Le Réveil de la Force), et qui est scénarisé plutôt honnêtement par Jody Houser (laquelle a également signé l’adaptation de Thrawn, assez bof, même si incomparablement plus satisfaisante que l’horrible et pourtant célèbre « Cycle de Thrawn » de l’univers Légendes, lu depuis et que j’ai absolument détesté…), et dessiné par Andrea Broccardo, hélas dans un style un peu cartoonesque qui ne m’a vraiment pas convaincu.

 

 

Il n’y a pas grand-chose à en dire, si ce n’est que, dans tout Poe Dameron, c’est le seul moment où Han Solo intervient véritablement…

 

 

… Lui qui n’est autrement cité que de temps à autre, essentiellement ici dans les flashbacks portant sur Le Réveil de la Force, et systématiquement comme « le vieux fou ».

 

Bien sûr, le rapport de Leia Organa à tout cela est un peu différent – oui, elle est elle aussi à bord du Faucon Millenium.

 

 

Autrement, les joueurs de X-Wing apprécieront peut-être le passage très fan service où l’Escadron Black est contraint à voler sur des « antiquités » : Poe Dameron pilote un Chasseur de têtes Z-95-AF4 (doté d’un Canon ionique, ce qui est impossible dans X-Wing), Karé Kun un Chasseur Torrent V-19, Jess Pava un Chasseur ARC-170 et Temmin Wexley un ETA-2 Actis Intercepteur, vaisseau absent du jeu et que je ne connais pas du tout.

 

 

Mais l’Escadron Black joue bien sûr un grand rôle dans ce tome-ci, et en deux temps : d’abord au travers de flashbacks, là encore, portant sur les événements du Réveil de la Force ou l’ayant immédiatement précédé.

 

Il y a notamment cette scène assez improbable où Karé Kun et Temmin Wexley font un repérage de la Base Starkiller, « Snap » étant monté dans une sorte de « planeur spatial » conçu par Jess Pava (qui, rappelons-le, invente également dans ce volume le dispositif de MASL du Black One). Pour quitter les lieux, Karé Kun est amenée à utiliser ses S-Foils intégrés de manière fort peu conventionnelle (et à vrai dire un peu ridicule)…

 

 

Mais l’ultime flashback du Réveil de la Force a lieu au début du troisième épisode, qui revisite la bataille finale dudit épisode VII ayant débouché sur la destruction de la Base Starkiller (le deuxième épisode était déjà revenu, mais un peu plus lapidairement, sur la bataille de Takodana).

 

 

Le récit qui nous en est fait consiste en un dialogue entre deux personnages alors non identifiés – mais dont l’un a clairement participé à la bataille.

 

Cette narration a entre autres ceci d’intéressant, tout spécialement pour un joueur de X-Wing, qu’elle évoque plusieurs pilotes résistants parmi ceux qui sont tombés lors de la bataille (ils étaient douze au départ, et sept sont rentrés).

 

Et nous avons les noms de certains de ces pilotes – la plupart sont absents d’X-Wing : Furillo, Pallaris Ven, Sar Bel-Sun… Peut-être les verra-t-on un jour en jeu ? Je ne le garantirais vraiment pas, mais, sait-on jamais…

 

Car un des pilotes de X-Wing T-70 mentionnés ici figure bel et bien dans le jeu, et c’est Ello Asty – un pilote relativement capé et intéressant, d’ailleurs.

 

 

Mais malchanceux ? Un de nos conteurs anonymes relève qu’il répondait à l’identifiant Red 6, soit le même que celui de feu Jek Porkins, pilote de X-Wing T-65 tombé lors de la bataille de Yavin…

 

 

Une allusion qui peut nous mettre la puce à l’oreille – moins cependant que le fait, pour nos narrateurs, de systématiquement mentionner, outre les pilotes qui sont morts durant l’assaut de Starkiller, les astromechs qui volaient avec eux et qui ont péri eux aussi (en fait, cela vaut également pour Jek Porkins).

 

 

C’est que nos narrateurs n’étaient autres que BB-8 et R2-D2… que C-3PO sermonne : leur discours dépressif est hors de propos, et ils ont à faire !

 

 

Oui, il y a à faire : les derniers épisodes de la série montrent l’Escadron Black, sous les ordres de « Snap », chercher partout de l’aide contre le Premier Ordre, et souvent en vain – ils sont inconscients par ailleurs du sort de D’Qar comme de Crait, tandis que Poe Dameron ronge son frein dans le Faucon Millenium.

 

Et cela nous vaut des batailles plus épiques et désespérées que jamais (où Suralinda Javos remplace feu L’ulo L’ampar dans un A-Wing RZ-2), bien en accord avec le sentiment de désastre absolu mais d’autant plus héroïque qui imprègne Les Derniers Jedi (comme L’Empire contre-attaque en son temps, de toute évidence, même si avec beaucoup moins de rigueur).

 

Pourtant, la conclusion, bien sûr, se doit d’être plus… lumineuse.

 

Et la suite ? Eh bien, a priori, ce sera dans l’épisode IX, la série Poe Dameron s’achevant ici. Mais peut-être le « voyage vers l’épisode IX », comme pour les VII et VIII, permettra-t-il d’en savoir un peu plus avant ?

 

Et ça serait peut-être bien – parce que, au sortir de cette série, par ailleurs très inégale, la conviction demeure de ce que l’univers étendu apporte bel et bien quelque chose à l’édifice de la nouvelle trilogie… et parfois avec plus de pertinence et d’impact que les films.

 

Restez tunés…

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